28.9.14

Nicolas Grégoire | Face à / morts d'être

Textes de Nicolas Grégoire, poèmes et notes (63 p.), accompagnés de 7 photographies de l'auteur, prises à Murambi.

Face à / morts d'être a reçu le prix Robert Goffin 2014.

11€ + 2,50 € de frais de port.


Il est aussi possible d'adresser vos commandes aux Editions Centrifuges au 8 rue de Thizy / 69550 St-Jean-la-Bussière, avec un règlement par chèque à l'ordre des éditions.







Présentation du livre: 

Nicolas Grégoire est né en 1985. Il a vécu durant presque 6 années au Rwanda (août 2008 / juillet 2014). Dès son arrivée, il s'est trouvé confronté au malaise d’être un expatrié, à la honte d’être privilégié et de se promener ou d’être vu en train de se promener. Le regard que portent les Rwandais sur les expatriés est chargé de méfiance, parce qu'il y a, entre autres, le poids de la nationalité et de la langue, de ceux qui n’ont rien fait ou qui ont aidé à commettre le génocide de 1994, et ça ne peut que porter sur eux le soupçon, quelles que soient leurs intentions. Si le Rwanda est apparu très tôt dans les textes de Nicolas Grégoire, à travers les paysages, le jardin (dans ses restes / en somme, Taillis pré, 2011), ce qui concerne le génocide fut tout de suite assimilé à un échec. Dans le livre précédemment cité, il est fait une brève et vague allusion aux chiens, à ceux qui dévoraient les cadavres dans les rues de Kigali puis, aussitôt, la parole est ravalée par la culpabilité : « Sûr qu’on ne pourra rien dire d’autre là-dessus ». De quel droit, n’ayant vécu que de loin, n’ayant même rien vécu du tout, peut-on dire quelque chose ou même observer ces crânes empilés dans les mémoriaux? 
 

Mais les textes faisant référence au génocide devenant plus nombreux, malgré tout, et alimentés par les lectures et les découvertes (Rwanda 94 du Groupov, Marembo de Dorcy Rugamba,...) il fallait tirer les choses au clair : «  J’ai donc essayé de m’en sortir par les notes, explique Nicolas Grégoire, mais j'ai assez vite vu que ça ne conviendrait pas. Tenter d’intellectualiser la démarche n’était encore que se lancer dans l’échec, se contenter de la poésie aussi. En tant que tiers, il est pratiquement impossible de ne pas être suspect. J’ai donc essayé de mêler les deux, notes/poèmes. Je ne suis pas certain que je me sois mis à distance suffisante (le peut-on ?) mais je crois qu’il s’agissait de la position la moins suspecte possible ». 
 

Face à / morts d'être témoigne à la fois du Rwanda d'aujourd'hui, confronté à sa mémoire, et de ce questionnement : comment se trouver là, avec ce qui a eu lieu, face aux rescapés qui ne veulent pas toujours de notre compassion (« si tu as fini, tu peux partir » répond la « dame », alors que l'auteur veut confier sa honte), comment ne pas se taire, dépasser le poids de la honte, comment dire sans simplement bavarder et reprendre le sujet « pour soi » ? L'auteur propose également 7 photos prises à Murambi, site d'une école en construction qui fut un haut lieu du génocide. Aujourd'hui, l'école est un mémorial où sont exposés les cadavres sortis des fosses. Les photos procèdent, comme les textes, d'un regard qui refuse de jouer de l'horreur. On ne verra qu'un lieu vide, fenêtres au vent, entouré de collines où l'on respirerait presque tranquillement.